Louis XI

A la mort de Charles VII en 1461, son fils Louis XI dut pendant presque tout son règne lutter contre cette maison trop puissante; heureusement les états du duc de Bourgogne étaient isolés lesuns des autres, et les villes de son comté de flandre étaient toujours prêtes à se révolter. Les états du roi de France étaient, au contraire, compacts, et tout le monde y obéissait à ses ordres. Le dauphin louis XI avait été, du vivant de son pére, l'allié des nobles: il ne leur ressemblait pourtant guère. La noblesse aimait le luxe, se plaisait aux tournois ou l'on faisait paraitre sa richesse et son adresse aux armes, et aux banquets qui duraient de longues heures. Louis XI, au contraire, vêtu d'une sorte d'habit de pèlerin, vivait chichement, ne donnait pas de fêtes, s'ennuyait à celles qu'on lui offrait. Il n'aimait que la compagnie des petites gens, de son barbier, par exemple, Olivier le Daim; qu'il appelait "mon compère", le prévôt des marchands de Paris, Tristan l'Hermite. Au reste, il ne consultait personne, et l'on disait que "son cheval portait tout son conseil." Il s'était mis dans le parti des grands, au temps de Charles VII, parce qu'il avait hâte de jouer un rôle et d'être le maitre: mais au moment ou il conspirait avec eux, il avait ses projets pour abattre la noblesse. A peine roi, il voulut faire sentir son autorité à tout le monde; mais il y mit tant de précipitation que tout le monde s'ameuta contre lui.



louis XI fils de charles VII





Louis XI disgracia tous ceux qui avaient été en faveur auprès de son père. Il enleva aux plus grands seigneurs, même à son frère Charles de France et à son cousin le duc de Bourbon, les gouvernements dont ils étaient pourvus: il augmenta la taille, et provoqua des révoltes de bourgeois qu'il réprima cruellement. Il racheta au duc de Bourgogne les villes de la Somme, que Charles VII avait cédées par le traité d'Arras, ce qui mécontenta le fils du duc, Charles comte de Charolais, l'homme redoutable à qui l'histoire a donné le nom de Charles le Téméraire. Enfin, le roi indigna toute la noblesse en voulant lui retirer le droit de chasse, qui était la source d'intolérables abus. En 1465, tous ceux que le nouveau roi avait lésés formèrent une ligue qu'ils appelèrent Ligue du bien public, pour faire croire qu'ils défendaient, non leurs propres intérêts, mais ceux de la France. Louis XI remporta des succès dans le midi, et presque une victoire sur le comte de Charolais à Montlhéry; mais les coalisés étaient trop nombreux; il se résolut à traiter et il donna aux révoltés toutes les dignités et tout l'argent qu'ils réclamaient; son frère, Charles de France, eut le gouvernement de la Normandie. Charles le Téméraire recouvra les villes de la Somme. Louis XI était résolu à ne pas tenir ses promesses, mais il se garda de les violer toutes à la fois. Pour diviser ses ennemis, il en combla quelques-uns de ses faveurs. Il flatta les Bourgeois de sa "bonne ville de Paris", donna de l'argent au duc de Bretagne, et suscita des révoltes en Flandre pour occuper Charles le Téméraire. Quand il se crut sur de lui, il enleva à son frère Charles de France le gouvernement de la Normandie. La Normandie touchait à la Bretagne, dont le duc était toujours prêt à faire la guerre au roi; elle touchait aussi aux villes de la Somme, qui avaient été rendues à Charles le Téméraire par le traité de 1465. Enfin il était facile d'y appeler les Anglais, toujours prêts à venir profiter de nos troubles. C'est pourquoi Louis ne voulut pas y laisser son frère, qui conspirait sans cesse avec ses ennemis. Mais Charles le Téméraire est vainqueur des villes de Flandres révoltées. Il devient duc de Bourgogne à la mort de son père Philippe le Bon en 1467, et se met à la tête d'une seconde ligue, ou entre le roi d'Angleterre Edouard IV. Louis XI bat le duc de Bretagne, et, se fiant à son habilité, se rend auprès de Charles le Téméraire à Péronne, pour traiter avec lui. Comme il s'y trouvait, arrive la nouvelle d'une révolte de Liège, ville qui appartenait à Charles le Téméraire. Charles persuadé que le roi a provoqué cette révolte. L'enferme dans la tour de Péronne, et l'y laisse deux jours dans l'attente de la mort. Enfin il lui fait jurer d'observer le traité de 1465, et de donner à Charles de France la Champagne et la Brie, au lieu de la Normandie.


Puis il oblige louis XI à le suivre devant Liège, pour combattre avec lui les Bourgeois qui s'étaient soulevés. Il détruit la ville sous ses yeux, et le renvoie, tout humilié à Paris. Les Bourgeois avaient appris aux oiseaux parleurs le mot de Péronne ! Péronne ! dont ils saluèrent Louis XI à son entrée. Louis trompe encore une fois ses ennemis; il convoque une assemblée des Etats Généraux à Tours, et il y fait abolir ce qu'il a fait à Péronne en 1470. Au lieu de donner à son frère la Champagne ou il eut été trop voisin du duc de Bourgogne, il l'envoie gouverner la Guyenne. Une troisième ligue se forme en 1471, plus redoutable que les deux autres; mais Charles de France, que l'on songeait à faire roi, meurt au début des hostilités. On accusa Louis XI, sans preuves, d'avoir empoisonné son frère en 1472. Charles le Téméraire entra aussitôt en Picardie; mais il échoua devant Beauvais. Il signa donc la trêve de Senlis; le duc de Bretagne fut en même temps forcé de traiter. La victoire de Louis XI était assurée désormais car Charles le Téméraire tourna son ambition du côté de l'Allemagne. Il voulait réunir à ses états la Provence, le Dauphiné, la Suisse, la Lorraine, l'Alsace et prendre ensuite le titre de "roi de Bourgogne". Il se jeta dans cette entreprise avec son emportement habituel. Le roi de France suivit tous ses mouvements, et lui suscita partout des difficultés. Pendant que Charles le Téméraire était occupé sur le Rhin, Louis XI repoussa une invasion du roi d'angleterre, Edouard IV, qui était venu pour conquérir ce qu'il appelait "son royaume de France". Edouard IV s'en alla content d'avoir reçu de l'argent pour lui et ses favoris en 1475. Battu par les Suisses dans les combats de Granson et de Morat en 1476, le Téméraire se fit tuer devant Nancy en 1477. Charles le Téméraire n'avait qu'un fille, Marie de Bourgogne, qui avait vingt ans; Louis XI voulait la marier à son fils, le dauphin Charles qui avait huit ans. Il espérait garder ainsi toute la succession du duc. Mais Marie de Bourgogne épousa l'archiduc Maximilien d'Autriche, qui fut depuis empereur d'Allemagne.
Maximilien défendit, les armes à la main, la succession de Charles le Téméraire. Après une guerre indécise, Louis XI garda les villes de la Somme, l'Artois, la Bourgogne, la Franche-Comté. Les Pays-Bas restèrent à la maison d'Autriche. Ainsi Louis XI avait acquis au nord et à l'est quatre belles provinces. La maison d'Anjou s'était éteinte, il hérita d'elle deux provinces du centre, le Maine et l'Anjou, et une province au sud, la Provence. Il avait acheté au roi d'Aragon le Roussillon. Aucun règne été marqué par de si importantes acquisitions. La frontière de France touchait désormais aux Pyrénées et aux Alpes,et elle se rapprochait, au nord et à l'est du point ou elle est aujourd'hui. La fin de Louis XI fut triste. Retiré au château de Plessis-les-Tours, se défiant de ses enfants, il voulut voir, dans ses derniers jours, un saint homme, François de Paule, auquel il demanda vainement de prolonger par un miracle une vie qui s'éteignit en 1483. Aussitôt que Louis XI a fermé les yeux, toute la noblesse s'agite pour reprendre ce qu'elle a perdu sous son règne.